Noa'h 

Ouvrir une fenêtre dans la tempête

Dans la Torah 6 du Likouté Moharan, Rabbi Nahman nous enseigne un principe fondamental de la Techouva :

רָצוֹא וָשׁוֹב

Ratso vaChov

Savoir monter et savoir descendre.

בָּקִי בְּרָצוֹא וּבָקִי בְּשׁוֹב 

Baki beRatso, Baki beChov.

L'homme doit acquérir deux expertises : savoir se conduire lorsqu'il s'élève, lorsque tout semble possible, mais surtout lorsqu'il descend, lorsque surgissent l'échec, le doute et le découragement.

Le Zohar emploie l'expression עָיֵיל וְנָפִיק — Ayel veNafik, « entrer et sortir », en araméen.

Nafik, sortir, évoque ce moment où nous nous retrouvons dehors, éloignés de nos certitudes et de notre élan spirituel.

Comment continuer à avancer lorsque nous avons le sentiment d'avoir perdu le chemin ?

Rabbi Nathan nous rappelle que la Techouva ne consiste pas à devenir parfait, mais à ne jamais renoncer à revenir.

Nos Sages enseignent :

פתחו לי פתח כחודה של מחט ואני אפתח לכם פתחים שיהיו עגלות וקרוניות נכנסות בו

« Ouvrez-moi une ouverture aussi petite que le chas d'une aiguille, et Je vous ouvrirai des portes immenses. » (Chir HaChirim Rabba 5,2)

Hachem ne nous demande pas l'impossible. Il attend de nous un infime éveil, une ouverture, aussi petite soit-elle.

Noa'h — Savoir monter ne suffit pas

C'est précisément à travers Noa'h que nous pouvons comprendre toute la profondeur de Ratso vaChov.

Noa'h était un צדיק תמים — Tzaddik Tamim, un juste intègre. Il savait s'élever, préserver sa sainteté, entrer dans l'arche pour échapper au déluge. Il était, en ce sens, Baki beRatso, expert dans l'élévation.

Mais selon Rabbi Nathan, il lui manquait l'autre expertise : Baki beChov, savoir descendre.

Noa'h ne pria pas pour sa génération. Il ne parvenait pas à concevoir qu'au milieu de tant de corruption, il puisse encore exister un point de bien, une נקודה טובה — Nekouda Tova, à partir duquel un homme pourrait revenir.

Moché Rabbénou, au contraire, refuse d'abandonner Israël malgré ses fautes. Il descend vers son peuple, intercède pour lui et révèle jusqu'où peut aller la miséricorde divine.

Cette opposition nous interroge aujourd'hui. Certaines élites spirituelles peuvent être tentées de s'enfermer dans leurs yéchivot, à l'abri du monde, pour ne pas se compromettre, ne pas se « salir » au contact de ceux qui vivent autrement. Mais à quoi sert une sainteté qui ne veut pas se mouiller ? Que devient notre élévation si elle nous éloigne de ceux qui auraient précisément besoin de nous ?

Le tzaddik haemet, le juste véritable, ne se contente pas de préserver sa propre sainteté. Il sait rejoindre l'autre là où il se trouve, sans le juger ni désespérer de lui.

Et voici le paradoxe : Noa'h reçoit l'ordre d'entrer dans l'arche, mais il lui faut également un ordre pour en sortir.

צֵא מִן הַתֵּבָה — Tsé min hatéva.

« Sors de l'arche. » (Genèse 8,16)

C'est là que Ratso vaChov prend tout son sens. Il ne suffit pas de savoir monter vers Hachem. Il faut aussi savoir redescendre vers le monde, vers ses imperfections, vers ceux qui sont tombés, sans perdre confiance dans la possibilité de leur retour.

 

Le Tsohar 

Une ouverture vers le monde

Hachem ordonne à Noa'h :

צֹהַר תַּעֲשֶׂה לַתֵּבָה

 Tsohar taassé latéva

« Tu feras une ouverture à l'arche. » (Genèse 6,16)

Une fenêtre, selon certains commentaires ; une pierre lumineuse, selon d'autres.

Dans l'enseignement du Rav Hezi Nagar, l'arche représente également une architecture spirituelle où les Noms divins יהוה et אדני, dont la valeur numérique réunie est 91, comme אמן — Amen, évoquent la rencontre du Ciel et de la terre.

L'arche protège Noa'h du déluge, mais une arche sans ouverture pourrait devenir une prison.

Nous avons parfois besoin de nous protéger des tempêtes du monde. Pourtant, nous ne pouvons demeurer éternellement enfermés dans nos certitudes, même spirituelles.

Le Tsohar devient alors le symbole de cette ouverture indispensable, celle qui permet à la lumière d'entrer, mais aussi à l'homme de regarder au-delà de lui-même.

Il faut parfois construire une arche pour survivre, y ouvrir une fenêtre pour accueillir la lumière, puis trouver le courage d'en sortir pour rejoindre les autres.

Car la Techouva ne consiste pas seulement à retrouver notre propre chemin. Elle nous invite aussi à ne jamais désespérer de celui qui semble avoir perdu le sien.


Yehouda Guenassia — NahmanIA.fr

Réflexion inspirée des enseignements de Rabbi Nahman et Rabbi Nathan, du Rav Hezi Nagar (הרב יחזקאל נגר), du Mercaz Michael, et du Rav Ifrah, pour ses magnifiques enseignements sur Rabbi Nahman de Breslev.