Quand toutes les forces se bousculent au portillon
Il y a des moments dans l’année où tout semble frapper en même temps à la porte de l’âme. Comme si plusieurs mondes se donnaient rendez-vous.
Le temps sacré.
Le ciel.
Le calendrier d’Israël.
Le travail intérieur.
Et cette sensation étrange qu’un seuil est en train d’être franchi.
Nous sommes aujourd’hui au 14e jour du Omer, Malkhout shebeGuevoura :
le règne, la concrétisation, la descente dans le réel, au cœur même de la rigueur.
C’est le moment où ce qui a été discerné, trié, limité, doit maintenant prendre corps.
Ce n’est plus seulement une idée spirituelle.
C’est une royauté intérieure qui demande à s’incarner.
Mais dès ce soir, nous quittons la seule dynamique de Guévoura pour entrer dans un autre climat :
Tiféret.
La beauté.
L’harmonie.
La miséricorde qui unifie.
La vérité qui ne casse pas.
La juste mesure entre la droite et la gauche.
Et précisément, cette entrée dans Tiféret coïncide avec Roch ‘Hodech Iyar,
le commencement d’un nouveau mois,
un nouveau souffle,
une autre combinaison de Lumière.
Dans la tradition d’Israël, Roch ‘Hodech n’est jamais un simple changement de date :
c’est une réouverture du canal.
Une possibilité nouvelle de recommencer, mais autrement.
Plus finement.
Plus intérieurement.
Plus justement.
Et voici que s’ajoute à cela, dans les lectures astrologiques de ce moment,
une concentration inhabituelle de forces dans le Bélier :
signe du départ, de l’élan, de la percée, du feu premier,
de la naissance d’un mouvement qui ne veut plus rester enfermé.
Alors oui, tout se bouscule au portillon.
Quelque chose pousse.
Quelque chose veut naître.
Quelque chose refuse désormais de dormir dans l’ancien monde.
Mais la Torah intérieure nous enseigne une chose décisive :
Les astres influencent, mais ne déterminent pas.
Ils sont des canaux.
Ils sont des indications.
Ils sont des climats.
Ils sont, si l’on veut, des courants.
Mais ils ne sont jamais le Maître.
Le Maître, c’est l’Ein Sof.
La Lumière du Saint Béni soit-Il.
La Volonté Divine qui traverse, ordonne et dépasse toutes les constellations.
Rabbi Chim‘on bar Yokhaï nous apprend à lever les yeux vers les mondes supérieurs sans jamais devenir esclaves des signes.
Rabbi Na’hman nous rappelle sans cesse que l’essentiel est le mouvement de l’homme vers Hachem,
dans la simplicité, la vérité du cœur et le libre choix.
Car justement, s’il existe des influences, c’est pour que l’homme exerce sa liberté au sein même de ces influences.
Sinon, où serait le travail ?
Où serait le mérite ?
Où serait la conquête de l’âme sur ses automatismes ?
Les planètes peuvent incliner.
Elles ne peuvent pas sceller.
Les forces du ciel peuvent colorer une période.
Elles ne peuvent pas enfermer une néchama reliée à la Source.
C’est là tout le secret d’Israël :
être dans la nature, et appelé à être au-dessus de la nature. Etre Sur...Naturel.
Nous traversons les saisons, mais nous ne sommes pas réduits aux saisons.
Nous ressentons les climats du ciel, mais nous ne sommes pas condamnés par eux.
Nous recevons des tendances, mais nous sommes invités à les élever.
C’est pourquoi cette période est si précieuse.
Le Bélier apporte l’impulsion, et Tiféret demande l’harmonisation.
Roch ‘Hodech apporte l’ouverture, et le Omer demande le travail.
Shabbat apporte la Lumière d’en haut, et la semaine nous demande de préparer les réceptacles.
Transformer l’élan en conscience.
Transformer le feu en clarté.
Transformer la poussée instinctive en orientation sainte.
Transformer la force du commencement en beauté intérieure.
Nous entrons dans une nouvelle phase, oui.
Peut-être même, dans une certaine mesure, dans une nouvelle ère intérieure.
Mais une ère ne commence vraiment que lorsque l’homme accepte de changer de niveau de lecture.
Ne plus subir les mouvements.
Les écouter.
Les discerner.
Puis les offrir à plus haut qu’eux.
Le ciel dit :
“Avance”.
La Torah dit :
“Purifie-toi en avançant”.
Le Omer dit :
“Raffine-toi jour après jour”.
Tiféret dit :
“Unifie ce qui en toi était encore divisé”.
Et Shabbat vient dire :
“Tout cela n’a de sens que dans la Présence”.
Alors en ces jours où tout semble se presser à la porte,
n’ayons pas peur si nous sentons de l’intensité,
du remuement, de la pression, ou même une forme d’appel intérieur difficile à nommer.
Peut-être n’est-ce pas du désordre.
Peut-être est-ce une convocation.
Peut-être que le ciel pousse,
non pour nous dominer,
mais pour nous réveiller.
Peut-être que le vrai travail, maintenant, est d’entrer dans cette nouvelle ouverture, sans devenir serviteur des astres, mais en redevenant serviteur de la Lumière.
Car Israël n’est pas sous le destin aveugle.
Israël est appelé à révéler, au cœur même des influences, la Souveraineté du Divin.
Et c’est peut-être cela, au fond, la Véritable Royauté :
Faire de tous les mouvements du monde des avancées vers Hachem.