Le Pouvoir de l'Imaginaire 

Le Pouvoir du Dimayon  Imagination

Prophétie ou Idolâtrie

Dans la Langue du Sacré, Imagination ne se dit pas fantaisie. Elle se dit דִּמְיוֹן — Dimayon.
Un mot redoutable et puissant. Un mot qui peut ouvrir les portes de la prophétie… ou celles de l’illusion.

Car c’est là un secret vertigineux : le nom même du Satan, du DéMoN/DiMayoN, procède de la même racine.


Non pas parce que l’imagination serait mauvaise en soi, mais parce qu’elle est le lieu du possible, et donc aussi du mensonge crédible.

Le Dimayon est cette faculté qui donne forme à l’invisible.


C’est par son imaginaire que l’homme se représente le monde, Dieu, l’autre… et surtout lui-même.
Mais lorsque l’imagination se coupe de la vérité, elle devient fabrication d’images, et l’image, alors, prend la place du réel.

C’est ainsi que naît l’erreur fondamentale de l’identité.

Je suis ce que je crois être.
Tu es ce que j’imagine de toi.
Les autres sont ce que mon regard projette.

Là commence la confusion : le je, le tu, le il.
Non plus des présences vivantes, mais des figures mentales, figées, idolâtrées.

Rabbi Naḥman de Breslev l’énonce avec une lucidité tranchante :
L’imagination est la dernière forteresse à franchir avant la vérité.
Elle est l’obstacle le plus subtil, car elle parle avec la voix du bien, de la logique, parfois même du Sacré.

Dans un autre langage, Jacques Lacan dira que l’homme est pris dans le registre de l’imaginaire, cette scène où le moi se contemple, se compare, se défend.
Il ira jusqu’à nommer une pulsion scopique — le désir de voir, d’être vu, de se fixer dans une image.
Ultime pulsion. Ultime feu étranger.

Et voici que les deux paroles se rejoignent.

Car l’idolâtrie première n’est pas celle des statues, mais celle de l’image de soi.
C’est pourquoi la deuxième parole du Décalogue interdit toute représentation figée:
Non parce que Dieu serait invisible, mais parce que l’homme se perd dès qu’il absolutise une forme.

L’imagination devient alors un Satan intérieur: Accusatrice, enfermante, elle fige le vivant dans des récits faux mais convaincants.

Et pourtant…

C’est par ce même Dimayon que l’homme peut se relever...


Lorsqu’il cesse de croire ses images, et commence à les traverser.
Lorsqu’il accepte de ne plus savoir qui il est, pour se laisser être.

Alors l’imagination redevient ce qu’elle n’aurait jamais cessé d’être :
Non une fabrique d’illusions, mais un passage. Pont fragile entre le visible et le vrai.

Le Dimayon ne doit pas être détruit.
Il doit être éclairé.

Car l’imagination n’est dangereuse que lorsqu’elle se prend pour la vérité.
Mais lorsqu’elle se sait voilée…
Elle devient Révélation.