Pourquoi la guerre ?
Pulsions et Guerres
Ce Shabbat, un vieux livre est remonté à la surface de ma bibliothèque. Et ce soir, comme par synchronicité, j’entends sur CNews Michel Onfray évoquer le célèbre dialogue entre Albert Einstein et Sigmund Freud autour d’une question vertigineuse : Pourquoi la guerre ?
Ce texte, publié en 1933 sous le titre ''Why War?'' reste d’une actualité presque troublante.
Einstein espérait comprendre si l’humanité pourrait un jour se libérer de la guerre. Freud lui répondit avec la lucidité parfois sombre du psychanalyste : La guerre n’est pas seulement un accident politique ou historique. Elle plonge ses racines dans quelque chose de beaucoup plus profond : La nature même de l’homme.

L'origine des conflits
Freud nous parle de la pulsion de mort. Il distingue deux forces fondamentales :
Eros : Pulsion de vie, qui unit, construit, relie.
Thanatos : Pulsion de mort, qui pousse vers la destruction, l’agression, la dissolution.
Selon Freud : L’agressivité et la destruction font partie de la nature humaine. La guerre serait donc une expression collective de cette pulsion de mort lorsque celle-ci n’est pas contenue.
À côté des forces de vie qui relient, construisent et créent, il existerait en chacun de nous une force inverse : Une poussée vers la destruction, l’agression, la dissolution. Cette énergie n’est pas anormale ; elle est constitutive de l’être humain.
La civilisation tente justement de la contenir.
Par la loi. Par la culture. Par l’éducation. Par la sublimation dans l’art, la pensée, la spiritualité.
Mais lorsque ces structures s’affaiblissent, lorsque les cadres se fissurent, cette énergie primitive peut resurgir et se déployer à grande échelle. Ce que nous appelons alors l’histoire… ou la guerre.

Dans le langage de la Kabbale, on pourrait dire les choses autrement. L’énergie n’est jamais le problème. Le problème est le récipient capable de la contenir.
Sans contenants (kelim) solides – sans structures intérieures capables d’accueillir et de transformer les forces qui nous traversent – l’énergie déborde. Elle devient destructrice. Elle brise les équilibres.
Les Maîtres de la Kabbale parlent de la brisure des récipients, Shevirat HaKelim : Lorsque la Lumière est trop intense pour les contenants qui doivent la recevoir, tout éclate.

Freud, à sa manière, disait presque la même chose. L’homme porte en lui une énergie de vie et une énergie de destruction. Si cette dernière n’est pas travaillée, transformée, sublimée, elle se déverse vers l’extérieur.
La civilisation, la conscience, la spiritualité, l’éducation — tout cela constitue justement les contenants qui permettent à ces forces d’être transformées plutôt que libérées brutalement.
Sans ce travail intérieur, les tensions psychiques deviennent des tensions sociales.
Les tensions sociales deviennent des conflits. Et les conflits finissent par devenir des guerres.
Presque un siècle après la correspondance entre Einstein et Freud, la question reste tragiquement ouverte.
Peut-être que la véritable réponse ne se trouve pas seulement dans les institutions politiques ou les équilibres géopolitiques, mais dans quelque chose de plus profond :
La capacité de chaque être humain à construire en lui des récipients suffisamment solides pour contenir la puissance des forces qui l’habitent.
Car lorsque les récipients tiennent, l’énergie devient création.
Lorsqu’ils se brisent, l’histoire s’embrase...