LA GRANDEUR N'EST PAS DE NE PAS TOMBER

Nous croyons que le Juste est celui qui ne tombe pas.

Nous tentons de bâtir une vie protégée, une vie durant laquelle on évite les glissades, les descentes, les erreurs. Et il y a une valeur à cela. Je ne dis pas le contraire.

Mais ce n'est pas encore le cœur du travail.

Car tant que l'homme n'a pas connu la chute, il ne sait pas vraiment ce que vaut son attachement à Dieu. En haut, il est facile d'être en haut. La Lumière est là, les portes s'ouvrent, on se sent porté.

La vraie question commence ailleurs.

Que se passe-t-il quand il n'y a plus de lumière ? Quand on ne ressent plus rien, quand on n'a plus de réussite, quand on découvre, seul dans le creux de la nuit, ses propres contradictions, ses propres mensonges ?

C'est là que tout commence vraiment.

Rabbi Nathan disait un jour d'un de ses élèves qu'il était un grand serviteur de Dieu. Pourtant il lui lança ces mots, terribles dans leur douceur :

« Je n'ai pas de satisfaction de toi. Parce que je sais que si tu tombais, tu ne saurais pas te relever. »

Toute sa grandeur tenait au fait qu'il était debout. Mais était-il capable de servir Dieu à genoux ?...

 

Reconnaître Dieu dans les mondes supérieurs, ce n'est pas si difficile. Beaucoup y arrivent quand tout va bien.

Reconnaître Dieu dans l'échec, dans la confusion, dans l'humiliation, dans ce moment où l'on ne se reconnaît plus soi-même, c'est une tout autre chose. Et c'est précisément là que la fidélité de l'âme se révèle, ou pas.

Le monde d'Essav mesure l'homme à ses résultats. S'il réussit, il existe. S'il échoue, il disparaît. C'est pour cela que notre époque est si angoissée : Elle a confondu l'être et l'avoir, la valeur et la performance.

Israël est bâti sur un autre principe, non pas : Ne jamais tomber, mais plutôt : Toujours revenir.

Tomber et revenir. S'éloigner et revenir. Perdre la Lumière , et revenir quand même.

Voilà la Victoire.

Yaakov ne devient pas Israël parce qu'il est parfait. Il le devient parce qu'il a traversé la nuit, parce qu'il a lutté jusqu'à l'aube, parce qu'il a été blessé et qu'il boite encore quand le soleil se lève. Il continue. C'est cela, Israël. Non pas l'absence de blessure. La capacité de continuer malgré elle.

Alors la question n'est pas : Combien de fois suis-je tombé ?

La question est : Combien de fois me suis-je relevé ?

Aux yeux de Rabbi Naḥman, celui qui tombe et qui revient est souvent plus près de Dieu que celui qui n'est jamais sorti de sa zone protégée, parce qu'il a appris, lui, ce que vaut ce chemin de retour. Il l'a payé de sa chair.

Le Saint Béni Soit-Il ne nous demande pas d'être des anges.

Il nous demande de ne jamais désespérer de nous-mêmes...