L'EXCÈS DE LUMIÈRE ET LE CHEMIN DE LA CENTRALITÉ

Le mois de Tamouz est un mois redoutable et magnifique à la fois. Les maîtres du Zohar parlent de Ribouï Or, un excès de Lumière. Car ce n'est pas toujours l'obscurité qui met l'homme à l'épreuve, parfois c'est une Lumière trop forte que nos réceptacles ne savent pas encore contenir.

Du 17 Tamouz jusqu'au 9 Av, cette intensité atteint son sommet. Les deux Temples furent détruits durant cette période, révélant qu'une lumière immense, lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'un travail intérieur, peut se transformer en brisure.

La racine de cette tragédie apparaît déjà dans la faute des explorateurs. Ils ne refusèrent pas seulement une terre ; ils refusèrent une mission. Ils préférèrent la sécurité du désert à la responsabilité de l'incarnation, refusant d'entrer dans la dimension de la Malkhout, celle où le ciel épouse la terre.

Et ce Tikoun n'est toujours pas achevé.

Aujourd'hui encore, nous voyons combien il est difficile d'assumer pleinement la dimension historique, nationale et concrète de la vocation d'Israël.

Certains rêvent d'une spiritualité sans terre, sans histoire et sans responsabilité collective, comme si l'on pouvait demeurer éternellement dans les hauteurs.

Pourtant, la sainteté ne demande pas seulement d'être contemplée ; elle demande d'être incarnée.

Le signe du mois est Sartan, le Cancer. Le crabe avance de côté. Il symbolise notre difficulté à trouver la colonne centrale, oscillant sans cesse entre la droite et la gauche, entre la bonté et la rigueur, entre la peur et l'espérance.

Les lettres ו du Taureau et ז des Gémeaux s'unissent pour former la lettre ח, la lettre de Haïm, la Vie. Car toute la création aspire à l'unité des contraires.

Tamouz est gouverné par la Lune. Comme elle, nous connaissons les croissances et les décroissances, les voiles et les révélations. Même lorsque la lumière semble disparaître, elle ne fait que se cacher pour mieux renaître.

Les Maîtres enseignent que la naissance de Moché Rabbénou fut cachée durant trois mois. Comme si les plus grandes délivrances devaient mûrir dans le secret avant de se révéler.

Il en est de même du Machia'h.

La Tradition nous enseigne que c'est précisément le 9 Av, jour de la destruction, que naît l'âme du Machia'h.

Paradoxe bouleversant.

Au plus profond de la nuit commence déjà l'aube.

Au cœur même de la brisure se cache la réparation.

Là où l'homme ne voit qu'une fin, le Saint Béni soit-Il prépare déjà un commencement.

C'est peut-être cela le grand secret de Tamouz et d'Av : apprendre à reconnaître, derrière les crises de notre temps, les douleurs d'un enfantement.

Car le monde ne se dirige pas vers son effondrement.

Il se dirige vers sa naissance.

La sagesse intérieure de la Torah, la Kabbale et le Zohar nous rappellent qu'Ein Mazal Le Israël. Israël n'est pas prisonnier des astres ni des déterminismes de l'histoire. Par la Torah intérieure, l'homme peut s'élever au-dessus des influences et entrer dans la Hachga'ha Pratit, la Providence divine.

Alors la droite et la gauche cessent de s'affronter.

La lettre ח apparaît.

Et la Vie reprend ses droits.

Car derrière toutes les destructions, derrière toutes les divisions et derrière toutes les larmes de l'histoire, une promesse demeure :

Le Machia'h naît toujours là où les hommes croient que tout est perdu.