5787 — L’année de l’or caché
Une année nouvelle commence. Elle porte, selon le calendrier hébraïque, le nombre 5787, qui s’écrit ה׳תשפ״ז.
En hébreu, les lettres servent aussi à écrire les nombres :
ת = 400, ש = 300, פ = 80, ז = 7, soit 787, auxquels s’ajoutent les cinq millénaires.
Ces quatre lettres peuvent également devenir les initiales d’une bénédiction :
תהא שנת פז — Tehé shnat paz
« Que ce soit une année de paz. »
Mais qu’est-ce que פז — Paz ?
Le mot hébreu habituel pour désigner l’or est זהב — zahav. Paz est un terme plus rare, plus ancien et plus poétique, que l’on rencontre notamment dans la Bible. Il désigne un or fin, purifié, débarrassé de ce qui l’altère : un or d’une valeur exceptionnelle.
Le paz représente donc davantage que la richesse matérielle. Il évoque ce qui, après avoir été éprouvé et affiné, révèle sa véritable valeur. Souhaiter une shnat paz, une « année d’or fin », ce n’est pas demander une année où tout serait facile. C’est souhaiter que les épreuves elles-mêmes laissent apparaître l’or caché en nous.
Cette image porte tout le travail de Roch Hachana.
Nous arrivons devant l’année nouvelle chargés de l’année ancienne : nos blessures, nos peurs, nos colères, nos erreurs, mais aussi les épreuves traversées, les fidélités maintenues et les gestes d’amour accomplis dans le secret. Roch Hachana nous invite à discerner, au milieu de tout cela, ce qui mérite d’être conservé et ce qui doit être abandonné.
La téchouva ne consiste pas à se condamner. Elle est un retour vers le noyau vivant de notre être. Elle demande un regard lucide, accompagné de רחמים — ra’hamim, cette compassion qui permet de voir nos fautes sans nous réduire à elles.
C’est ici que la tradition rejoint la psychologie contemporaine. Une transformation véritable naît rarement de la haine de soi. Elle commence lorsque l’être humain accepte de rencontrer ce qu’il est devenu, afin de retrouver ce qu’il est profondément.
Le son du chofar traverse alors toutes nos défenses. Il ne parle pas à notre intelligence. Il appelle une région plus ancienne, plus nue, plus vraie de notre âme.
Shema Israël — Écoute, Israël.
Écoute ce qui, en toi, demande encore à vivre.
Écoute ce que la peur avait étouffé.
Écoute l’être derrière le personnage, l’âme derrière les habitudes, le désir essentiel derrière l’agitation du monde.
Roch Hachana est le jour du jugement. Mais juger signifie aussi remettre en ordre, peser, distinguer. En hébreu, מאזניים — moznayim, la balance, appartient à la même famille que אוזן — ozen, l’oreille. Pour retrouver l’équilibre, il faut d’abord apprendre à écouter.
L’année תשפ״ז ne nous promet pas une existence sans épreuve. Elle nous adresse une invitation plus profonde: Découvrir l’or caché à l’intérieur même de ce que nous traversons.
Que cette année soit celle où nous transformerons la blessure en conscience, la peur en responsabilité, la colère en force de vie et le désespoir en commencement.
Que chacun puisse retrouver la parcelle d’or déposée en lui.
תהא שנת פז — Tehé shnat paz.
Que 5787 soit une année d’or fin.
Une année de discernement, de réparation et de paix.
Une année où l’âme retrouve sa voix.
Une année où, malgré tout, nous choisissons la vie.
שנה טובה ומתוקה
Chana Tova ouMetouka.