ELLOUL

La  Lune du Retour

Elloul s’ouvre comme un Seuil Sacré, un mois où le temps semble ralentir pour nous permettre d’entendre à nouveau ce que le tumulte de l’année avait recouvert :

La voix de l’âme qui appelle l’homme à revenir.

 Teshouva signifie bien davantage que Repentir. Elle est Retour :

Retour à l’origine, à la vérité intérieure, vers ce lieu intact en nous où le lien avec le Divin n’a jamais été rompu.

Rabbi Naḥman en fait l’un des mouvements essentiels de l’existence. L’homme peut s’être éloigné, perdu, dispersé dans mille directions : il lui demeure toujours possible de revenir. Et parfois, au terme du chemin, il découvre quelque chose de bouleversant :

Dieu était toujours là.

L’homme, lui, s’était éloigné de lui-même

Elloul correspond au signe de la Vierge — בתולה, Bétoula, qui évoque cette dimension de l’être demeurée secrètement intacte, capable de recommencer, de recevoir à nouveau et d’engendrer une vie différente. Car la Teshouva n’est pas le culte du passé : elle est la possibilité du neuf.

Le Séfer Yetsira associe Elloul à la lettre י — Youd, la plus petite lettre de l’alphabet hébraïque, un simple point dans lequel toute forme est pourtant déjà contenue. Une semence de Lumière, une concentration de l’Infini dans l’infiniment petit.

Elloul nous invite à revenir à ce point, avant nos blessures, nos personnages et toutes les histoires que nous avons fini par prendre pour notre identité. Retrouver cette Nekouda Tova, ce point de bien dont parle Rabbi Naḥman, cette parcelle irréductible de sainteté à partir de laquelle tout peut renaître.

Revenir demande aussi de retrouver une parole vraie : une parole adressée à l’autre, à soi-même et au Créateur. La Teshouva devient alors un retournement du regard et de la conscience : Rosh, la tête, cesse de tourner autour d’elle-même et se réoriente vers sa Source.

Retour vers le Futur.

Car le retour dont parle la Torah n’est jamais un retour en arrière. Nous revenons vers l’endroit depuis lequel un avenir nouveau devient possible.

Après Tisha BeAv commencent les sept semaines de consolation qui nous conduisent jusqu’à Roch HaShana. La consolation n’efface pas la fracture ; elle nous apprend à découvrir, au cœur même de ce qui fut brisé, une lumière que nous n’étions pas encore capables de voir.

C’est peut-être là l’un des grands travaux d’Elloul :

Apprendre à voir.

Voir ce que nous répétons, ce que nous évitons, les paroles qui blessent et celles qui guérissent ; regarder nos peurs, nos colères, nos attachements, mais aussi tout le Bien que nous oublions si facilement de reconnaître en nous-mêmes et chez les autres.

Car une Teshouva sans Ra’hamim — רחמים, sans Compassion, devient dureté, et la dureté ne transforme personne.

Elloul nous demande cette double exigence : assez de vérité pour ne plus nous mentir, assez de tendresse pour ne pas nous condamner.

La Réparation commence alors dans les choses les plus simples : une parole retenue, une demande de pardon, un appel trop longtemps repoussé, une dette honorée, une bénédiction dite avec davantage de présence, une Tsedaka donnée avec le cœur, une autre manière de regarder notre conjoint, nos enfants, nos parents ou l’étranger.

La Lumière de la Délivrance attend aussi dans les détails.

La tradition hassidique donne d’Elloul une image merveilleuse : le Roi est dans les champs.

Le Roi quitte symboliquement son palais et vient à la rencontre de chacun là où il se trouve : dans son quotidien, son travail, ses hésitations, ses blessures et même son désordre. L’homme n’a pas besoin d’être déjà parfait pour s’approcher. Il lui suffit de se retourner.

Nous pensions devoir parcourir une distance immense pour rejoindre Dieu, et voici que Dieu s’approche de nous.

Alors commence le mouvement de l’Alliance :

Réparer ce qui doit l’être entre l’homme et son prochain, restaurer notre dialogue avec l’Infini et réconcilier, en nous-mêmes, ce qui s’était séparé.

Peu à peu, quelque chose se simplifie. Nous redevenons semblables au Youd : un point, mais un point traversé par l’Infini.

Et de ce point peut surgir Or Ḥadash — אור חדש, Lumière Nouvelle. Non pas seulement la Lumière que nous avions perdue, mais celle que notre traversée nous rend désormais capables de recevoir.

Car certaines Lumières n’apparaissent qu’après la nuit, certaines compréhensions après la brisure, certaines portes lorsque l’homme accepte enfin de revenir vers son propre cœur.

Que cette nouvelle lune d’Elloul soit pour chacun une matrice de Ra’hamim, de Discernement et de Renaissance.

Qu’elle nous donne le Courage de voir ce qui doit être vu, la Force de réparer ce qui peut l’être et la Sagesse de déposer ce qui n’a plus à être porté.

Que nous arrivions aux portes de Roch HaShana non écrasés par le Jugement, mais réveillés par l’Amour, avec cette joie profonde de comprendre que revenir à Dieu, c’est aussi revenir à son âme.

שנה טובה ומתוקה

Chana Tova Oumetouka

Que le Meilleur puisse enfin trouver en nous l’espace où se révéler.