
Guérir nos pas dans un monde
Où la vérité se cache
ELLOUL
Guérir nos pas
Il existe une distance étrange entre ce que nous savons et ce que nous arrivons à vivre.
Nous comprenons nos mécanismes, nous savons parfois ce qui serait juste — et pourtant quelque chose nous empêche d’avancer.
Rabbi Naḥman appelle cela le ''Medamé'', cette puissance de l’ ''Imaginaire'' qui mélange le réel à nos peurs, nos souvenirs, nos blessures et nos projections, jusqu’à nous faire prendre notre film intérieur pour la réalité.
C’est là que prend sens l’histoire de l’infirme qui ne peut plus marcher.
Les jambes représentent le passage entre la conscience et la vie. Nous pouvons savoir, comprendre, croire — et rester malgré tout immobiles.
Guérir les jambes, c’est permettre à ce que nous savons de Rejoindre enfin ce que nous vivons.
Le ''Birour HaMedamé'', la ''Clarification de l’Imaginaire'', consiste alors à créer un espace entre ce que nous ressentons et ce que nous concluons.
J’ai peur : la peur est réelle.
Mais ce qu’elle me raconte est-il vrai ?
Je traverse une obscurité : elle est réelle.
Mais signifie-t-elle que Dieu s’est éloigné ?
C’est précisément le travail d’Elloul.
La Teshouva signifie Revenir : Revenir à la Source, à soi, à une relation que nous avions perdue de vue.
La Nouvelle Lune en donne une image magnifique. Lorsqu’elle devient invisible, elle n’a pas cessé d’exister. Nous avons simplement cessé de la voir.
Il en va parfois ainsi de Dieu.
La Emounah commence peut-être là : continuer à marcher quand la Lumière n’est plus évidente.
La véritable question devient alors moins :
« Est-ce que je monte ou est-ce que je descends ? »
que :
« Est-ce que je reste en relation ? »
Certaines descentes rapprochent davantage que certaines réussites.
Et si guérir nos pas, c’'était retrouver assez de clarté pour ne plus confondre nos projections avec le réel, assez de confiance pour avancer sans tout comprendre, assez de présence pour ne pas perdre le lien.
Nous pensions avoir besoin de savoir où nous allions pour pouvoir avancer.
Nous découvrons qu’il suffit de ne pas perdre Celui avec qui nous marchons.