
Roch Hachana 5787 Retrouver l’écoute
Le Maharal de Prague enseigne, dans le Netiv HaShtika, le « Sentier du silence », que la destruction du corps commence par l’oreille.
L’oreille est l’une des sept portes de la tête : deux yeux, deux oreilles, deux narines et une bouche. Sept ouvertures par lesquelles nous entrons en relation avec le monde, mais aussi sept passages par lesquels le monde pénètre en nous.
La Torah nous demande, dans la paracha Shoftim, de placer des juges et des gardiens à toutes nos portes. L’injonction résonne avec une force particulière à notre époque. Jamais nous n’avons autant vu, entendu, parlé, commenté. Jamais autant de paroles, d’images et d’informations n’ont traversé notre esprit sans rencontrer de véritable filtre.
Nous pensions construire la grande civilisation de la communication. Nous avons peut-être élevé une nouvelle tour de Babel : tout le monde parle, chacun réagit, mais qui écoute encore ?
Nos écrans abolissent le silence. La moindre interruption provoque une inquiétude : Et si je manquais quelque chose ? Même le repos devient difficile. Le Shabbat, ce grand arrêt salutaire, apparaît presque comme un acte de résistance spirituelle.
Le mois de Tichri est placé sous le signe de la balance, Moznaïm en hébreu. Or Moznaïm vient de la même racine que ozen, l’oreille. Ce rapprochement contient un enseignement profond : l’équilibre commence par la qualité de notre écoute.
L’oreille interne gouverne l’équilibre du corps. L’oreille spirituelle participe, elle aussi, à notre équilibre intérieur.
C’est par elle que nous recevons le son du shofar. Ce son sans paroles traverse les défenses, les raisonnements et les discours. Il ne cherche pas à nous convaincre. Il nous réveille.
C’est encore à l’oreille que s’adresse le verset essentiel de notre Tradition :
Shema Israël…
Écoute, Israël.
Écoute avant de répondre. Écoute ce qui se passe en toi. Écoute ce que tes peurs, tes colères et tes désirs ont déposé silencieusement au cours de l’année. Écoute aussi cette part plus profonde de ton être qui, sous le tumulte, continue de chercher la vie.
L’écoute véritable conduit à Binah, cette intelligence du cœur capable de distinguer, de comprendre et de relier.
Roch Hachana est appelé Yom HaDin, le Jour du Jugement. Pourtant, ce jugement ne vise pas à condamner l’être humain. Il vient remettre de l’ordre, rétablir une juste mesure, nous aider à discerner ce qui mérite d’entrer dans notre vie et ce qui doit désormais rester à la porte.
Durant l’année écoulée, nous avons laissé passer bien des choses : des paroles blessantes, des images inutiles, des peurs, des colères, des informations qui nous ont envahis. Roch Hachana nous offre la possibilité de nettoyer nos canaux et de restaurer notre capacité à recevoir la véritable force de vie.
Cette fête ne concerne pas uniquement le peuple juif. Roch Hachana commémore la création d’Adam, le premier être humain. Avant nos appartenances, nos différences et nos histoires particulières, nous sommes tous des Bnei Adam, des enfants d’Adam.
C’est donc l’humanité entière qui se tient en jugement.
Un jugement salutaire, car il affirme qu’au-delà du désordre apparent du monde existe une direction, une éthique, un Bien vers lequel notre noyau sacré continue de nous appeler.
À l’entrée de cette année 5787, il nous appartient peut-être de parler un peu moins, de réagir moins vite et d’écouter davantage.
Écouter l’autre.
Écouter notre âme.
Écouter, derrière le vacarme du monde, la voix discrète qui nous invite encore à choisir la vie.
Que le son du Shofar traverse nos résistances, réveille notre discernement et nous rende cette qualité d’écoute sans laquelle aucun retour vers soi, vers l’autre et vers l’Être ne devient possible.
Tehé shnat Paz — Que 5787 soit une année d’or fin : une année purifiée, affinée, rendue à sa véritable valeur.
Chana Tova Oumetouka.