Toute la Torah raconte la même histoire, celle de La Lumière qui ne se révèle qu'au travers de résistances.
Adam lui-même voulut atteindre la connaissance en passant par le bien et le mal. Depuis lors, toute naissance spirituelle s'effectue au milieu de forces contraires.
Abraham ne devient le père des Nations qu'au travers des dix épreuves.
Isaac se révèle face à Ishmaël.
Jacob grandit avec Essav dans le même ventre.
Et c'est précisément l'ange d'Essav qui après le combat de la nuit lui révèle son nom véritable :
Israël
Comme si la Klippa elle-même devait finalement reconnaître la Sainteté qu'elle avait pour mission de recouvrir.
Telle est la fonction profonde des Klippot (écorces) selon le Zohar...
L'écorce protège le fruit. Elle semble parfois plus forte que lui, mais sa vie lui vient du fruit qu'elle enveloppe. Tant que le fruit n'est pas arrivé à maturité, l'écorce est nécessaire. Le fruit est vital pour l'écorce. A maturation du fruit, elle tombe d'elle-même et finit par se dechesser.
Ainsi en est-il de l'histoire.
L'Égypte, l'Assyrie, Babylone, la Perse, la Grèce, Rome et toutes les formes successives d'Édom ont constitué autant de Klippot entourant Israël.
Elles l'ont combattu. Elles l'ont dominé. Elles ont parfois cru le faire disparaître.
Pourtant où sont-elles aujourd'hui ?
Pharaon a disparu.
L'Assyrie n'est plus.
Babylone est devenue poussière.
Les Empires perse et grec se sont éteints.
Rome elle-même n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Et Israël est toujours là
Ces empires n'étaient pas la finalité de l'histoire, ils étaient ses enveloppes, des écorces destinées à accompagner la maturation du fruit.
Les Prophètes nous enseignent qu'à la Fin des Temps, Israël se retrouvera apparemment seul face aux Nations.
Ce qui, aux yeux de la raison, semble être une menace, devient aux yeux de la Torah ultime signe de la Guéoula, lorsque le moment vient où le fruit mûr n'a plus besoin de son écorce.
Alors les soutiens extérieurs, les alliances, les certitudes humaines se retirent non pas pour nous abandonner, mais pour nous obliger à découvrir que notre existence ne dépendait d'aucune puissance de ce monde.
« Voici un peuple qui demeurera seul et ne sera pas compté parmi les Nations. » (Bamidbar 23, 9)
Cette solitude n'est pas une malédiction. Elle est une naissance.
Nous vivons précisément ce moment. Le temps où l'écorce commence à se dessécher, le temps où Édom lui-même achève sa mission, le temps où Israël doit enfin cesser d'exister par rapport au regard des autres pour retrouver sa source intérieure.
La Paracha de ce Shabbat 'Houkat nous rappelle que la purification ultime ne relève pas de la logique, mais de la Certitude dans sa propre Émouna.
Au terme du processus, il apparaît que même les ténèbres avaient leur place dans le plan divin. Elles n'étaient que les gardiennes provisoires de la Lumière. Lorsque leur tâche est accomplie, elles s'effacent. L'écorce tombe. Le fruit demeure.
Se dévoile alors la parole du prophète :
לֹא בְחַיִל וְלֹא בְכֹחַ, כִּי אִם בְּרוּחִי, אָמַר ה' צְבָאוֹת
« Ce n'est ni par la puissance ('hayil), ni par la force (koaḥ), mais par Mon Esprit, dit Hachem Tsevaot. » (Zacharie 4, 6)
Alors seulement apparaît ce qui était présent depuis le commencement :
Israël n'a jamais été seul